5 Minutes pour tout comprendre

La Crégut, un lac oublié, son avenir reste à écrire

Un site naturel exceptionnel vieux d’environ 13 000 ans

Une naissance sculptée par les glaces
C’est dans l’empreinte majestueuse laissée par un ancien glacier, au pied du Massif du Sancy, qu’est apparu le Lac de la Crégut. Véritable joyau bleu serti dans un écrin de verdure, il témoigne de la force des éléments qui ont façonné le paysage auvergnat il y a des milliers d’années.

Un balcon sur les Volcans d’Auvergne
Perché à 850 mètres d’altitude, le lac s’inscrit au cœur du Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne. Ce site préservé de 36 hectares offre une tranquillité absolue. Sous sa surface paisible, il cache des profondeurs impressionnantes atteignant 26 mètres, ce qui en fait l’un des lacs naturels les plus profonds et les plus mystérieux du plateau de l’Artense.

Une gestion locale et solidaire
Le Lac de la Crégut possède une particularité sociale rare : il est la propriété des sectionnaires des hameaux voisins. Ce mode de propriété ancestral souligne l’attachement des habitants à leur terre. Aujourd’hui, sa préservation et sa mise en valeur sont confiées à la gestion attentive du Conseil Municipal de Trémouille, garantissant ainsi l’équilibre entre accueil des visiteurs et respect de l’environnement.

Un sanctuaire de Biodiversité Protégé

La valeur écologique du lac est telle qu’il bénéficie des protections les plus strictes de l’État et des instances internationales :

  • Protection Légale : Inscrit au titre des Sites Naturels Inscrits  (Loi du 2 mai 1930) et protégé par la Loi Montagne de 1985.

  • Patrimoine Mondial : Intégré à la prestigieuse Réserve de Biosphère Dordogne de l’UNESCO.

  • Richesse Écologique : Classé en ZNIEFF de type 1 par le Muséum National d’Histoire Naturelle.

  • Statut : Jusque dans les années 1970, le lac était classé comme « eau close ». Les anciens du pays se souviennent avec nostalgie de ses eaux particulièrement limpides et oxygénées. C’était le royaume de l’omble chevalier, de la perche et du vairon, offrant aux pêcheurs locaux un garde-manger naturel d’une qualité exceptionnelle.
Un site classé, et pourtant…

Malgré un arsenal de protections (Loi de 1930, Loi Montagne, UNESCO), le Lac de la Crégut subit les pressions d’un complexe hydroélectrique imposé dans les années 1970 qui s’affranchit des cadres légaux.
L’opposition dès 1955 par les élus locaux pour la préservation du site, votant toujours contre les projets de traverser le lac naturel n’est pas entendue par les instances décisionnaires.

Le constat est aujourd’hui amer :

  • Illégalité manifeste : L’exploitant fait dériver les eaux du Tact sans autorisation, au mépris de l’obligation légale de passer par une servitude d’aqueduc.

  • Asphyxie biologique : Cette gestion non réglementée a provoqué l’accumulation de boues floconneuses. Au-delà de 5 mètres de profondeur, l’absence d’oxygène tue toute vie.

  • Un combat pour le droit : Entre biodiversité classée (ZNIEFF type 1) et impératifs industriels, les défenseurs du lac luttent quotidiennement pour faire respecter les lois face à une exploitation qui ne les entend pas.

Ce patrimoine bafoué devient une urgence écologique

Cette gestion, dénoncée localement, crée un véritable paradoxe : d’un côté, un site classé au plus haut niveau pour sa biodiversité (ZNIEFF type 1), et de l’autre, une exploitation de la ressource en eau qui s’affranchit des cadres réglementaires au détriment de l’écosystème du lac.

L’absence de servitude d’aqueduc est la preuve juridique d’une occupation du site sans titre légal, transformant ce joyau de l’Artense en une zone de non-droit environnemental.

C’est un combat quotidien pour les défenseurs du lac que de faire respecter les lois de 1930 et 1985 face aux impératifs industriels.

Aujourd’hui, le lac porte en lui les cicatrices de cette histoire industrielle, tout en restant l’un des lieux les plus sauvages et les plus emblématiques de l’Artense.

AVANT l’asphyxie :
Quand le lac était au coeur de la vie d’autrefois

La vie n’était pas facile dans cette région isolée de l’Artense, mais le lac était notre richesse.
Son eau claire et fraîche, disponible même aux pires heures de la sécheresse, abreuvait le bétail
et offrait aux habitants du pays comme aux touristes de passage le luxe de pêcher ombles et perches.

Au lavoir, à la sortie du lac, le battement du linge des lavandières rythmait les potins du pays.
Sur ces eaux calmes, les barques glissaient et les baignades s’éternisaient.
Combien de demandes en mariage ont été murmurées ici,
dans ce décor dont la beauté conquérait tous les amoureux ? 

Mémoire vive des habitants de l'Artense

1970, TOUT BASCULE  avec l’arrivée du géant de l’énergie

Dans les années 1960, la France est en pleine expansion hydroélectrique. Le barrage de Bort les Orgues manque d’eau à turbiner. L’état autorise l’entreprise EDF à réaliser des travaux pour dériver et stocker jusqu’à 80 % de l’eau des  rivières Tarentaine et Eau Verte dans la retenue de Lastioulles et l’usine d’Auzerette, avant de la rediriger vers la retenue de Bort-les-Orgues.

• L’état exproprie tous les propriétaires depuis le barrage de Brumessange jusqu’à l’usine d’Auzerette sauf les sectionnaires du lac de la Crégut.
• EDF démarre les travaux en 1965, met en eau les retenues en 1969 en traversant le lac naturel privé sans aucune autorisation, faisant dériver,
  par an, plus de 100 millions de m3 d’eau chargée de sédiments
dans le lac naturel de la Crégut, sans que EDF n’ait d’autorisation de traverser
  le lac SAUF par une canalisation (servitude d’aqueduc).
• Le lac, pourtant bien privé et protégé, devient alors le gigantesque bassin de décantation d’un complexe industriel.
Malgré plusieurs plans envisagés dès 1955 dont certains contournaient le lac naturel, l’exploitant préfère passer en force sans tenir compte des
  mesures de protection dont bénéficiait le lac au mépris du droit d’aqueduc qui aurait dû imposer des conduites souterraines pour préserver le
  milieu naturel.

Ce que la société EDF n’a jamais respecté pour protéger le lac :
une servitude d’aqueduc, pourtant imposée par la loi

AUJOURD’HUI : un lac en DANGER
Une arrivée massive de sédiments envasent le lac

La création du complexe hydroélectrique a brisé le cycle naturel de l’eau,
transformant les bassins versants d’origine.

Ces nouveaux apports, chargés de sédiments, ont signé le démarrage
de l’asphyxie de la Crégut et l’arrêt de mort de son écosystème .


BASSINS VERSANTS

naturels AVANT et artificiels APRES
les ouvrages EDF
__________________________________

Le lac de la Crégut avait un petit bassin versant de 2 km2 qui apportait peu de sédiments susceptibles de troubler ses eaux limpides et de le transformer en tourbière comme les lacs de la Pignole,
de la Cousteix ou de Laspialade.

Mais depuis 1970, EDF a modifié artificiellement son bassin versant
qui est passé à 90 km2 apportant des millions de m3 de sédiments arrachés
à la montagne.

La retenue du Tact s’est vite comblée et le vieux lac naturel de la Crégut fait office de « bassin de décantation » idéal pour l’exploitant !

Une catastrophe accentuée par un manque d’entretien

Au début des années 1990 la retenue du Tact créée sur une ancienne tourbière ne joue plus son rôle de décanteur, pire, sur ses berges poussent chaque année des milliers de m2 de roseaux qui s’ajoutent aux sédiments venus de la montagne avant de rejoindre le lac de la Crégut.
Sur la base des analyses du Professeur Jean Devaux de l’Université Blaise Pascal de Clermont Ferrand, le lac de la Crégut aurait déjà stocké près de 29 000 tonnes de boues quantifiées à l’état sec en 50 ans.
Une fois réhydratées, elles se présentent sous forme de flocons de boue noirâtre en suspension dans la masse d’eau sur plusieurs mètres d’épaisseur.

Voilà le type de végétaux et de boues organiques libérés par la retenue du Tact et envoyés dans le lac de la Crégut.

1988 : LES HABITANTS DECIDENT DE LE SAUVER

1992

Création de l’association de
SAUVEGARDE DU LAC DE LA CREGUT

Ce que nous voulons pour demain : redonner vie au lac

  Nous ne demandons pas seulement l’arrêt de la pollution,
mais une restuaration du site :


      • Faire cesser tous déversements du lac.
      • Dépollution : Vidange, curage complet des boues
        et retrait des espèces florales envahissantes.
      • Restauration du site : Aménagement et démontage
        des ouvrages de l’exploitant.
      • Statut juridique : Que le lac retrouve son statut d’« eau close ».
      • Renaissance naturelle : Il faudra plus d’un an pour que
        le lac retrouve sa hauteur d’eau d’origine via le
        ruissellement naturel de son bassin versant original
        et par ses sources sous-lacustres.
      • Retour à l’origine : Réintroduction de la flore spécifique
        des lacs glaciaires et empoissonnement piscicole avec les espèces présentes avant 1970 (ombles, vairons…).

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